Le fait déterminant a été la décision prise à la demande du Ministre de l’éducation de porter l’obligation scolaire de 14 ans à 16 ans en 1994.

Il faut savoir qu’en 1992 seuls 50% des enfants de plus de 12 ans étaient scolarisés, les autres étaient soit dans les classes dites Terminales (CT) qui existaient dans certaines écoles primaires pour obtenir le certificat d’études primaires, soit en apprentissage, soit dans la vie active.

Cette recommandation qui émanait de la métropole et qui fut appliquée en 1994 a eu plusieurs conséquences. La première fut, sous l’impulsion des inspecteurs de l’éducation nationale, de faire passer dans l’enseignement secondaire tous les enfants de plus de treize ans nonobstant leur niveau d’acquisition scolaire.

Cela a provoqué un afflux d’enfants en classe de 6ème n’ayant pas les acquis nécessaires pour suivre un enseignement secondaire dit normal.

Les effets indirects furent : des troubles du comportement chez les élèves, des inadaptations scolaires, des déscolarisations précoces, des difficultés d’insertion doublée d’une incompréhension, d’une grande inquiétude des professeurs qui n’étaient pas formés pour accueillir une telle population et qui ne disposaient pas des outils permettant de gérer ces situations.

Rappelons qu’à l’époque n’existait qu’un seul lycée technique. L’ouverture de lycées professionnels ne se fit que progressivement.

Les services de santé furent assaillis de demandes de consultations motivées par ces problèmes de difficultés scolaires majeurs, ces difficultés d’adaptation scolaire, ces déscolarisations, ces troubles du comportement, de l’apparition de comportement violents ou inadaptés. Les professionnels de santé n’étaient pas formés pour prendre en charge ces difficultés qui nécessitaient une aide parfois ponctuelle, parfois un peu plus longue et enfin certaines plus graves qui relevaient d’un suivi spécialisé en pédopsychiatre.

A l’époque, il n’y avait pas encore de pédopsychiatre en activité sur le Territoire polynésien.

Certains médecins ont pu aller se former en France auprès des rares équipes qui existaient spécialisées dans la prise en charge des adolescents. Nous avons pu aussi faire venir en Polynésie française des spécialistes de la médecine adolescente pour inculquer aux équipes s’occupant d’adolescents les éléments permettant d’accueillir, évaluer, d’aider et de suivre les adolescents en difficulté.

Au service d’hygiène scolaire, plusieurs médecins ont pu bénéficier de ces formations et ont pu mieux appréhender les problématiques d’adolescent.

Cependant, il faut savoir que lors des matinées de consultation longues, chargées en raison, à l’époque des nombreux maladies infantiles infectieuses, la venue d’un adolescent présentant des difficultés scolaires, une inadaptation scolaire ou des troubles du comportement était délicate car elle bloquait durant un long moment la matinée de consultation en raison du caractère chronophage de l’accueil d’un adolescent. La première consultation d’un adolescent dure en moyenne 45 minutes.

Les demandes de cette population devenaient de plus en plus prégnantes. Il advint qu’une structure d’accueil spécifique de ces adolescents s’imposait.

La décision par le gouvernement de l’époque de rédiger un plan de santé sur la période 2001-2005 fut déterminante. Après une longue consultation des professionnels de santé, de la population et des acteurs socio-économiques, la mise en place de groupes de travail, trois priorités furent individualisées :

  • la lutte contre les maladies non transmissibles ;
  • la réorganisation du système de santé ;
  • la population infantile et adolescente.

La population adolescente faisait partie des priorités du plan de santé, le schéma territorial d’organisation sanitaire (STOS) qui fut établi presque de façon concomitante a proposé, comme le plan de Santé 2001-2005, la création d’une structure destinée aux adolescents sans en préciser le type, laissant ce soin aux professionnels.

Un projet de création d’une unité spécifique dédiée à la population adolescente avait été rédigée et remis à la Directrice de la Santé de l’époque en février 2003. Aucune suite n’avait été donnée à ce projet.

En juillet-aout 2003, madame Claire BRISSET, défenseure des enfants est venue en Polynésie française durant deux semaines. A la fin de l’année 2003, elle a publié outre son bilan annuel des droits de l’enfant en France qu’elle soumettait à l’assemblée nationale, un bilan spécifique consacré à la Polynésie française.

Dans ce bilan, elle préconisait la création d’une structure sanitaire dédiée aux adolescents.

Enfin en septembre 2003, une vague de suicides chez les adolescents comme cela survient de manière plus ou moins régulière a provoqué une grande inquiétude dans la population et chez nos décideurs.

Le gouvernement de l’époque demanda la mise en place rapide d’une structure d’accueil des adolescents au sein d’un établissement public administratif. Il fut demandé aussi d’inclure une structure d’accueil destinée aux enfants.

Nous avons proposé de mettre en place un observatoire de l’enfant en danger et de l’adolescent en difficulté. Puis comme fut actée la création d’une maison de l’adolescent en difficultés, il fut crée une maison de l’enfant.

Enfin sur les recommandations du Dr Philippe JEANNET, éminent pédopsychiatre, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital de la cité universitaire à Paris, une ligne téléphonique d’urgence dénommée ligne verte spécialisée pour l’enfant en danger et l’adolescent en difficulté fut ouverte.

Ces quatre unités :

  • maison de l’adolescent en difficulté ;
  • maison de l’enfant en danger ;
  • observatoire de l’enfant en danger et de l’adolescent en difficulté ;
  • ligne téléphonique d’urgence.

furent réunies au sein de l’établissement qui fut dénommé FARE TAMA HAU. Sa création fut votée le 12 février 2004 à l’Assemblée Territoriale de Polynésie française à l’unanimité.

Après quelques années de fonctionnement, émaillées de difficultés diverses, ce qui est bien compréhensible pour une structure aussi jeune et aussi innovante, rappelons que le Fare Tama Hau reçu le prix de l’innovation 2006 de la Fondation de l’enfance, il apparut nécessaire de préciser ses missions.

C’est ainsi qu’en août 2009 l’arrêté n° 1420 CM a modifié la délibération 2004-28 APF du 12 février 2004 en spécifiant que le Fare Tama Hau comprenait :

  • une maison de l’adolescent ;
  • une maison de l’enfant ;
  • un observatoire de l’enfant en danger et de l’adolescent en difficulté ;
  • une ligne d’écoute téléphonique d’urgence dénommée ligne verte.

Parmi les missions du Fare Tama Hau, cet arrêté précise l’objectif prioritaire préventif de la maison de l’enfant. En particulier, il s’agit de prévenir toutes les perturbations du lien parents-enfants.

La raison de cette réorientation était que la lutte et la prise en charge des maltraitances infantiles, donc de l’enfant en danger incombe à la Direction des Affaires Sociales ou à la Justice. Le Fare Tama Hau marchait sur les plates-bandes de la DAS et de la Justice ce qui provoquait des difficultés relationnelles et des dysfonctionnements au sein des diverses structures.

En dénommant l’unité maison de l’enfant et en mettant en exergue son rôle préventif, cela nous permit de sortir d’une situation peu cohérente et inadaptée. Cela inscrit aussi cette unité dans une dynamique nouvelle en adéquation avec les diverses recommandations des équipes prenant en charge les jeunes enfants.

Dans un but de clarification vis à vis des autres structures existantes en France et de notre appartenance à l’ANMDA (Association Nationale des Maisons de l’Adolescent) notre unité destinée aux adolescents, fut nommée : maison de l’adolescent.

Nous nous inscrivons directement dans les missions des maisons de l’adolescent et dans la mission préventive de la maison de l’enfant.

Les missions des deux autres unités n’ont pas été modifiées (observatoire de l’enfant et de l’adolescent, ligne d’écoute téléphonique d’urgence dénommée ligne verte).